Archives | Programmes du séminaire de Narratologie du CRAL (EHESS/CNRS) dès sa création en 2003

Narratologies contemporaines. Nouvelles formes et nouvelles fonctions sociales du récit. II : Année universitaire 2010/2011

Mardi 9 novembre 2010 : Annick Louis (Université de Reims é CRAL) : "Les sciences humaines et sociales et le récit : entre genre cognitif et genre esthétique"

Résumé :

Afin de réfléchir à l’agencement du récit aux sciences sociales, il semble indispensable de reposer la question des rapports entre études littéraires, sciences humaines, et sciences sociales. En France, bien que des nombreuses tentatives de croisement entre les études littéraires et une discipline relevant des sciences sociales (la sociologie, l’histoire, l’anthropologie, l’ethnologie) aient été réalisées dans les dernières décennies, l’étude de la littérature n’a pas réussi à s’articuler aux sciences sociales. La raison est peut-être que l’enjeu essentiel relève moins de l’articulation de la littérature à une science sociale en particulier, que de la possibilité de penser la place que la discipline littéraire a et pourrait avoir dans le cadre des sciences sociales : en absence d’une réflexion sur la dimension épistémologique de l’objet littéraire, il semble impossible de poser les bases qui permettraient son articulation vers les sciences sociales.

Mais la difficulté d’une telle articulation résulte également de leur histoire. Les humanités littéraires qui ont précédé historiquement la formation des sciences sociales englobaient toutes les sciences de l’homme à l’époque, et ont cédé peu à peu de leur territoire, au profit d’un découpage disciplinaire spécialisé. De leur côté, les sciences sociales ont hésité dans leurs débuts entre des objectifs hétérogènes : entre une finalité cognitive et une finalité esthétique. Ainsi s’est mis en place un « partage épistémologique » qui correspond à la répartition d’un territoire : les épistémologues, les philosophes et les esthéticiens se sont octroyés les énoncés, les textes et les œuvres ; les sociologues, ce qui reste des contextes (Fabiani). Ainsi, les études littéraires se sont concentrées sur les enjeux internes de leur discipline, cédant progressivement des objets et des zones de savoir face aux sciences sociales en expansion.

En inscrivant les études littéraires dans le cadre des sciences sociales, il est possible de récupérer la dimension sociale des études littéraires – ou plutôt : construire cette dimension dans le postulat théorique de la discipline. Car pour les études littéraires, la question la plus actuelle semble être : comment reconstruire la discipline en écartant cette scission, traditionnelle et sous-jacente, entre sciences de l’esprit et sciences du comportement – étant entendu que « reconstruire » ne signifie pas ici créer une nouvelle discipline mais proposer une continuité spécifique de celle-ci. Une des voies passe par une re-définition des concepts d’esprit et de comportement, en particulier à partir des acquis récents en neurobiologie et en sciences du comportement. Une autre possibilité consiste à historiciser ces notions et ces choix, en les transformant eux mêmes en objets d’étude. D’où l’importance de l’histoire des sciences, qui permet d’apporter des réponses à la question de l’état présent des études littéraires, de son histoire passée et future, à partir d’une démarche comparatiste. Car cette reformulation des études littéraires en tant que discipline implique également le besoin de revenir sur le rapport entre spécialisation, disciplinarité, interdisciplinarité et transdisciplinarité.

Abstract :

In order to take up the articulation between narrative and the social sciences, it is necessary to look once again at the relations between literary studies, the human sciences and the social sciences. In France, even though there have been many attempts over the past few decades to establish the crossroads between a discipline coming from the social sciences (sociology, history, anthropology, ethnology), the study of literature has not truly managed to link up with the social sciences. The reason is possibly that the essential stake consists less in articulating literature on one social science in particular than in the possibility of determining the role that the literary discipline has and could have within the social sciences: in the absence of reflection on the epistemological dimension of the literary object, it seems impossible to lay the groundwork that would make it possible to create a  bridge between the literary object and the social sciences.

However, the difficulty of finding such an articulation between the two domains also results from their history. The literary humanities which, historically, preceded the formation of the social sciences, encompassed all the sciences of man at that time, subsequently yielding territory bit by bit to a slicing up into specialized disciplines. The social sciences, for their part, hesitated in their beginnings between divergent aims: between cognitive finality and esthetic finality. As a result, an “epistemological division” was set up that corresponds to the parceling out of a territory: epistemologists, philosophers and estheticians took care of language, texts and works, while what remained of contexts was taken over by sociologists (Fabiani). Thus, literary studies concentrated on the internal stakes of their discipline, progressively yielding objects and areas of knowledge to the expanding social sciences.

By inscribing literary studies within the social sciences, it is possible to recover the social dimension of literary studies, or rather: to construct this dimension within the theoretical postulate of the discipline. For literary studies, the most current question seems to be how to reconstruct the discipline by moving away from the traditional and underlying split between the humanities and the behavioral sciences, it being understood that “reconstruct” in this context does not mean creating a new discipline but proposing a continuity specific to this discipline. One of the channels of reflection goes through re-definition of the concepts of mind and behavior, particularly on the basis of recent findings in neurobiology and in the behavioral sciences. Another possibility consists in historicizing these notions and choices by examining them as objects of study in their own right. Whence the importance of the history of science, thus making it possible to provide answers to the question of the present state of literary studies, both its past history and its future, based on a comparative procedure. For this reformulation of literary studies as a discipline also involves the need to re-examine the relation between specialization, disciplinarity, interdisciplinarity and transdisciplinarity.

Pour citer ce document

, «Mardi 9 novembre 2010 : Annick Louis (Université de Reims é CRAL) : "Les sciences humaines et sociales et le récit : entre genre cognitif et genre esthétique"», narratologie [En ligne], Archives, Programmes du séminaire de Narratologie du CRAL (EHESS/CNRS) dès sa création en 2003, Narratologies contemporaines. Nouvelles formes et nouvelles fonctions sociales du récit. II : Année universitaire 2010/2011, mis à jour le : 02/11/2011
, URL : http://narratologie.ehess.fr/index.php?296.
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27 février 2017 15h58