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Créé en février 2003 et officiellement reconnu depuis la rentrée universitaire de 2006, le séminaire « Recherches contemporaines en narratologie  » s’est rapidement imposé en France comme l’un des principaux lieux de réflexion transdisciplinaire pour l’étude de la théorie narrative. Né dans un contexte intellectuel de l’effacement relatif du paradigme structuraliste développé par quelques-uns des chercheurs fondateurs du CRAL (Claude Bremond, Gérard Genette, Louis Marin, Christian Metz, Tzvetan Todorov) et du renouveau de la discipline depuis les années 90 au niveau international, notamment en Allemagne, dans les pays nordiques, aux États-Unis et au Canada ou en Israël, le séminaire s’oriente désormais vers l’exploration du récit sous toutes ses formes. Lire la suite.


Séminaire « Recherches contemporaines en narratologie » : année universitaire 2022-2023 – Raconter / construire des mondes

Centre de recherches sur les arts et le langage (CNRS/EHESS)

Le séminaire se réunit tous les quinze jours, les 1er, 3e et 5e mardi du mois, de 16h à 18h
Ecole Normale Supérieure

45, rue d’Ulm – 75005 Paris

NB : Le séminaire se déroulera en mode hybride (présentiel + distanciel)

Lien Zoom

https ://us02web.zoom.us/j/6665725779 ?pwd=QmE3Qk9GSWZhRXZiNDhxQmhFYUhPQT09

John Pier (Université de Tours et CRAL) et Philippe Roussin (CRAL/CNRS), coordinateurs, avec la collaboration d’Olivier Caïra (IUT Evry et EHESS), de Thomas Conrad (ENS, Paris), d’Anne Duprat (Université d’Amiens et IUF) et d’Anaïs Goudmand (Sorbonne Université)

Site du séminaire

English below

Raconter / construire des mondes

Les narratologies et les théories de la fiction contemporaines ont pris acte de deux phénomènes caractéristiques de l’évolution récente des formes narratives. D’un côté les récits de longue haleine se multiplient dans la plupart des médias ; de l’autre, des encyclopédies diégétiques (cartographies, généalogies, étymologies, bestiaires…) s’y développent bien au-delà de la narration proprement dite.

De Balzac au jeu vidéo, l’idée d’« œuvre-monde » s’est ainsi imposée, au risque de se trivialiser. Pour autant, tout récit long ne donne pas forcément lieu à une diégèse qui « fait monde » ; en retour, le worldbuilding ne produit pas automatiquement de l’intrigue. Le séminaire interrogera les articulations qui existent entre narration longue et construction de mondes, au lieu de les traiter comme des phénomènes nécessairement conjoints.

On pourra ainsi approfondir les différences qui existent entre un usage culturel précis, spécifiquement contemporain de la notion de monde et un usage théorique de la notion. Ainsi, la théorie littéraire peut comprendre comme un monde fictionnel la projection mentale d’un univers cohérent à partir d’un récit au long cours. En ce sens, les cycles romanesques et romans très longs propres aux usages romanesques d’Ancien Régime projettent bien des mondes. L’« œuvre-monde » proprement dite désignerait en revanche un ensemble de pratiques plus spécifiques, liées aux genres de l’imaginaire dans la culture médiatique contemporaine, science-fiction et fantasy notamment. On se demandera également si les notions développées par la narratologie cognitive, qui cherchent à envisager simultanément les dimensions spatiale et temporelle des récits – à l’instar du storyworld – permettent bien de penser la dimension encyclopédique des œuvres-mondes, ou si elles nécessitent d’être ajustées pour cet usage particulier.

La prolifération des œuvres-mondes s’explique par ailleurs en partie par les logiques économiques qui se sont développées dans le contexte du capitalisme globalisé, où leur mise en place est le fruit de lourdes opérations commerciales et juridiques. On s’intéressera à l’organisation du travail créatif dans ce cadre collectif et transmédiatique, qui mobilise des équipes parfois très nombreuses amenées à se coordonner, ainsi qu’au rôle des fandoms dans l’établissement d’une continuité et d’une cohérence au sein des ensembles fragmentés des œuvres-mondes.

Enfin, on analysera les techniques créatives propres à la scénarisation et au worldbuilding, en envisageant celui-ci comme un travail distinct du storytelling, afin de rendre compte du « tournant diégétique » qui marque la production fictionnelle contemporaine.

Narrating / Constructing Worlds

 Contemporary narratologies and theories of fiction now acknowledge two characteristic features in the recent development of narrative forms. On the one hand are long narratives characteristic of most media; on the other hand, diegetic encyclopedias (cartographies, genealogies, etymologies, bestiaries, etc.) that reach well beyond narration properly speaking.

From Balzac to video games, the idea of “work-world” has emerged at the risk of becoming trivial. However, not all long narratives give rise to a diegesis that “makes a world”; nor does “worldbuilding” automatically produce a plot. The seminar will look at the links between long narratives and the construction of worlds rather than treat them as phenomena that are necessarily conjoined.

 We will thus examine the differences between a distinctly contemporary cultural understanding of the notion of world and a theoretical view of the notion. Literary theory can thus include as a fictional world the mental projection of a coherent universe, starting with a long narrative. Novel cycles and very long novels peculiar to the Ancien Régime project numerous worlds. The “work-world” strictly speaking, by contrast, would seem to designate a more specific set of practices linked to the imaginary genres of contemporary media culture, notably science fiction and fantasy. Also taken into consideration will be whether notions developed by cognitive narratology that consider spatial and temporal notions of narratives simultaneously – as in storyworlds – can enable us to conceive of the encyclopedic dimension of work-worlds or whether these notions need to be adjusted for this particular approach.

 The proliferation of work-worlds can also be explained, in part, by economic factors that have developed within globalized capitalism involving extensive commercial and legal operations. We will take account of the organization of creative work in this collective and transmedial setting as well as of the role of fandoms in establishing continuity and coherence within fragmented sets of work-worlds.

 Lastly, we will analyze the creative techniques peculiar to scriptwriting and worldbuilding, regarding the latter as a phenomenon distinct from storytelling so as to take account of the “diegetic turn” characteristic of contemporary fictional production.

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Mardi 18 octobre 2022

Salle de Conférences – 46 rue d’Ulm, rez-de-chaussée à gauche

  • John Pier (Université de Tours et CRAL) et Anne Duprat (Université d’Amiens et IUF) – « Raconter ? construire ? monde ? »

Mardi 15 novembre 2022

U209 – 24 rue Lhomond

  • Elie During (Université Paris Nanterre) – « Où se cache l’“espace” dans le monde narré ? Littérature et cinéma »

Mardi 29 novembre 2022

Exceptionnellement, cette séance se déroulera de 15h à 17h, Amphithéâtre Jaurès – 24, rue Lhomond

  • Simon Bréan (Sorbonne Université) – « Effets de mondes et classes de personnages : singularités de la science-fiction »

Mardi 6 décembre 2022

U209 – 24 rue Lhomond

  • Olivier Caïra (IUT Evry et EHESS) – « Cartographies fictionnelles et scénarisation interactive »

Mardi 17 janvier 2023

Amphithéâtre Galois – 45 rue d’Ulm

  • Françoise Lavocat – « Peuplement et construction des mondes. L’exemple du XIXe siècle »

Mardi 31 janvier 2023

U209 – 24 rue Lhomond

  • Anne Besson (Université d’Artois) et Aliénor Vauthey (Université de Lausanne) – « Adaptabilité des mondes de fantasy littéraire ? »

Mardi 7 février 2023

Cette séance se tiendra à l’université d’Amiens, 15h à 17h

  • Thomas Conrad (ENS, Paris) – « Construire un monde ou représenter le monde  Transfictionnalité dans les récits réalistes du XIXe siècle »

Mardi 21 février 2023

U209 – 24 rue Lhomond

  • Anaïs Goudmand (Sorbonne Université) – « Plateformisation des franchises cinématographiques et œuvres-mondes »

Mardi 7 mars 2023

U209 – 24 rue Lhomond

  • Matthieu Letourneux (Université Paris Nanterre) – « Mondes et temporalités médiatiques dans les franchises contemporaines »

Mardi 21 mars 2023

U207 – 24 rue Lhomond

  • Alain Boillat (Université de Lausanne) – « « Star Wars » : le rôle du worldbuilding dans l’expansion d’une franchise transmédiatique »

Mardi 4 avril 2023

Distanciel

  • Richard Saint-Gelais (Université Laval, Québec) – « Pratique du monde chez Léon Bopp »

Mardi 18 avril 2023

Distanciel

  • Marie-Laure Ryan (Independent Scholar, Colorado) – « La narratologie a-t-elle besoin de « Storyworlds » ? »

ACTUALITÉS/OCTOBRE 2019

Colloque international – Poétique, esthétique et écriture : autour de l’œuvre de Gérard Genette – EHESS – PARIS – 24/25 OCTOBRE 2019

24 et 25 octobre 2019 – EHESS – Amphithéâtre Furet – 105 boulevard Raspail – 75006 Paris

Un colloque organisé par l’IRIS « Création, cognition, société » (PSL) et le CRAL (EHESS-CNRS) Coordinateurs : John Pier et Jean-Marie Schaeffer

Voir le programme détaillé

L’ambition de ce colloque est de commémorer l’œuvre unique de Gérard Genette qui s’étend sur plus de cinq décennies. Poéticien et initiateur de plusieurs courants d’une pensée littéraire innovante qui s’est déployée dans le monde entier, Genette a d’abord revisité la rhétorique classique pour la mettre au cœur du structuralisme littéraire dans les années 60 et 70. Son Figures III inaugure une méthode d’analyse du récit devenue incontournable et dont l’actualité ne se dément pas. Il a publié ensuite une série d’études pionnières explorant le langage poétique, la classification des genres, la paratextualité, la transtextualité, les littérarités constitutive et conditionnelle. Sa réflexion s’élargit encore dans les années 90 avec le passage de la poétique à l’esthétique, marqué par deux contributions majeures. Le dernier volet de l’œuvre de Genette réunit, dans cinq ouvrages de caractère autobiographique, pleins d’humour et d’ironie, un répertoire de souvenirs, d’épiphanies, de rêveries, de boutades et de digressions « composant un puzzle à ne pas recomposer ».

Les intervenants proposent au public un éclairage de l’œuvre de Genette en retraçant les multiples chemins de réflexion  et d’écriture d’un des hommes de lettres les plus marquants de ces dernières cinquante années.