Actualités narratologiques |

Actualités narratologiques 2012

Journée des doctorants, "Narration et lien social" (publié le 26 mars 2012)

9h Accueil et présentation de la journée

Instituer le lien social

Cette première table permettra de discuter des modalités de mise en récit du lien social qui contribuent, en l’élaborant discursivement, à l’instituer.

9h30-10h : Magali Fourgnaud (Bordeaux 3), Bonheur individuel et collectif dans le conte philosophique (Thémiseul de Saint-Hyacinthe, Philippe De Sainte Foy d’Arcq et Voltaire).

Dans Les origines culturelles de la Révolution (1990), Roger Chartier a montré que ce n’est pas tant la diffusion des idées des Lumières qui ont permis une remise en cause de l’idéologie d’Ancien Régime, comme le pensaient Mornet, Taine ou Tocqueville, mais leurs modalités de diffusion et les nouvelles manières de lire, et en particulier les sociétés littéraires qui expérimentent une véritable « sociabilité démocratique », instaurant un rapport égalitaire entre leurs membres. Mon hypothèse est de voir dans le conte philosophique, dont les auteurs ont fréquenté ces types de sociétés, un modèle littéraire de cette nouvelle sociabilité : quel type de société figure-t-il ? Dans quelle mesure participe-t-il à l’émergence du sujet dans la première moitié du XVIIIe siècle ?

10h-10h30 : débat

10h30-11h : Bruno Lefort (U. Tampere, U. Aix-en-Provence), Le collectif et sa narration. L’engagement étudiant au sein du Courant Patriotique Libre dans le Liban contemporain.

Cette contribution vise à présenter le recours à la narrativité comme mode de construction et d’affirmation du lien social au sein de l’ensemble segmentaire libanais. La mise en récit, parce qu’elle rend possible la projection de l’expérience individuelle au coeur de l’histoire collective, assure le renouvellement continu de l’adhésion. Mais cette reproduction du groupe ne se fait jamais à l’identique du fait de la multiplicité des contextes d’énonciations. Dans quelle mesure les évolutions observées sont-elles susceptibles de générer une redéfinition des frontières du groupe ?

Pause

11h15-11h45 : Martin Mourre (EHESS/U.Montréal), Mises en récit de la mémoire au Sénégal : consensus, dissensus et enjeux épistémologiques.

À partir de certaines notions formées par les sciences sociales, telles que la « communauté imaginée », ou le « lieu de mémoire », cette communication se propose d’interroger les mises en intrigue artistiques de l’évènement historique. Le corpus dont nous discuterons ici a trait aux représentations coloniales et postcoloniales d’une répression de tirailleurs sénégalais survenue en 1944 au camp militaire de Thiaroye, à proximité de Dakar. Il s’agira de pointer en quoi ces oeuvres se superposent et créent un réseau intertextuel. Par leur prétention à la vérité, ces fictions historiques renseignent sur les modifications du récit colonial dans la société sénégalaise, nous donnent à voir un fragment de cette mémoire sociale contemporaine et invitent à repenser des questions telles que la socialisation ou le vivre ensemble.

11h45-12h15 : débat

Repas

Remotivation poétique du lien social

Les deux communications suivantes ouvriront entre autres des questions d’ordre épistémologique et s’intéresseront aux rapports entre fiction et construction sociale du réel : il s’agira d’interroger le statut de la fiction dans l’élaboration du lien social.

14h-14h30 : Stanislas Gauthier (Bordeaux 3), Le devenir à l’étranger d’une oeuvre russe dite « nationale » : quelques réflexions sur une narration et un lien social à partir, entre autres, du Cavalier de bronze d’ A.S. Pouchkine.

Le Cavalier de bronze, l’un des derniers textes du poète russe A.S. Pouchkine, se compose de deux parties à première vue sans lien : une préface faisant l’éloge du tsar Pierre Ier, créateur d’une ville utopique (Saint-Pétersbourg), dont la construction coûta la vie à des milliers de paysans déportés ; un récit consacré à la journée d’un homme de rien, Eugène, dont la fiancée disparaît dans la grande inondation du 7 novembre 1824. Construit sur une coupure dans la composition littéraire et dans les relations sociales, le texte de Pouchkine ne cesse pourtant de fasciner par les images qu’il suscite. Comme les genres littéraires semblent s’altérer et sortir de leurs gangues, la raison d’Eugène ne se contente plus d’une distinction stricte entre réalité et fiction. Après avoir rendu le tsar responsable de ses malheurs en défiant sa statue équestre, le petit employé finit vagabond, entend le galop du cheval sur le pavé, se pense poursuivi par un commandeur descendu de son piédestal… Ce texte, écrit en 1833, atteint une concision très évocatrice en russe et a permis à Pouchkine d’être reconnu comme le poète national.

Mon point de départ sera d’étudier dans ce texte la tension qui existe entre lien social (souvenir d’une catastrophe relativement récente, déroulé narratif, visée mimétique de la réalité sociale russe) et l’ambiguïté littéraire qui complexifie les distinctions claires et offre un tissu visuel et sonore qui aide à percevoir, en retour, la réalité / l’irréalité (la ville de Saint-Pétersbourg, de manière exemplaire) autrement.

Je me propose ensuite de rendre compte d’une autre complexification en changeant d’échelle. Que deviennent les images de Pouchkine quand elles sont traduites à l’étranger ? Que choisit-on du texte du Cavalier de bronze quand on veut le donner à lire ailleurs ? Comment réagissent les lecteurs ?

14h30-15h : Célia Sadai (Paris 4), « L’Afrique n’existe pas ». Contre le scandale du performatif. Une approche de l’oeuvre romanesque de Kossi Efoui.

Pour le romancier et dramaturge Kossi Efoui, « L’Afrique n’existe pas ». Corrompue par l’Histoire, toute nation africaine est condamnée à l’impropriété, « mère dévorante » où le lien social n’est qu’un paradigme écrasant qui verrouille l’existence du sujet pris sous l’enclume du collectif, du familial, du national ou de l’ethnique. Contre l’essentialisation du sujet politique, Kossi Efoui réagit par la désertion poétique. Dès lors, les discours collectifs arbitraires qui entravaient l’inscription du citoyen dans un corps social sain sont mis en échec. Le signe poétique ainsi libéré organise une représentation suggestive du monde, et va rétablir de facto le lien social : Kossi Efoui anime en effet des ateliers d’écriture et de marionnette - un cas pratique à considérer.

15h-15h30 : débat

Pause

 La « société » : une catégorie contraignante ?

Cette dernière table se propose de revenir, enfin, sur les enjeux à la fois épistémolo­giques et politiques qu’il y a à nommer la communauté, notamment en l’incluant sous la catégorie de « société » dont on pourra discuter la dimension contraignante. En interrogeant frontalement certaines implications d’une catégorie analytique si sou­vent convoquée, c’est l’utilisation des langages et des outils en sciences humaines et sociales qui sera ici enfin abordée de manière critique.

16h-16h30 : Arnaud Dolidier (Bordeaux 3), L’affaire Scala et les anarchistes pendant la Transition démocratique espagnole : représentations sociales du désordre pour une construction effective de la société.

Le 15 janvier 1978 à 13h, la salle des fêtes Scala à Barcelone est incendiée, victime d’un attentat terroriste. Deux jours plus tard, la police publie un communiqué dans lequel elle affirme avoir arrêté les coupables, tous faisant partie d’un commando anarchiste. À partir de l’analyse de deux journaux de l’époque, l’objectif de la communication est de montrer en quoi la production discursive de l’événement a permis de construire des représentations sociales spécifiques de l’anarchisme, et comment celles-ci se sont insérées dans une vision globale de la société. Dès lors, si le terme de « société » est l’effet des discours publics contemporains de l’événement, l’historien peut-il utiliser cette catégorie pour rendre compte des enjeux politiques d’une époque ?

16h30-17h : Alice Cazaux (Bordeaux 3), Ilya Kabakov ou le récit de vie communautaire.

Les installations de l’artiste Ilya Kabakov témoignent d’une Union soviétique révolue. Cette union forcée atteint son paroxysme au sein des appartements communautaires. Mais dans ceux que l’artiste reconstitue, les acteurs ont quitté le décor, ils sont seulement suggérés par les textes et les cahiers du dessinateur…

17h-17h45 : débat et clôture de la journée

EHESS
CNRS

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dernière modification
27 février 2017 15h58