Colloques et journées d'études

Autonomie de la littérature et ethos démocratique (12-13 décembre 2011)

JOURNEES INTERNATIONALES D’ETUDES (12-13 DECEMBRE 2011)

 

 

Le MOTif, OBSERVATOIRE DU LIVRE ET DE L’ECRIT EN ILE-DE-FRANCE

6, villa Marcel-Lods - Passage de l’Atlas - 75019 Paris (M° Belleville)

 

Entrée libre dans la limite des places disponibles : veuillez confirmer votre présence auprès de : roussin@ehess.fr

 

Les interventions seront d’une durée de 30 minutes, suivies de 15 minutes d’échanges libres

Lundi 12 décembre matinée 10 h 00

 

Gisèle Sapiro, Directeur de recherche au CNRS, Directrice du  CESSP-Paris

« La responsabilité de l'écrivain doit-elle limiter ses droits?

Les étapes de la reconnaissance sociale de l'autonomie de la littérature en France (19e-21e siècles) »

 

Yinde Zhang, Professeur au CERC, Université Paris III

« Ironie et intersubjectivité chez Mo Yan »

 

Lucie Campos, Université de Poitiers

« Chronique d’une métamorphose : l’œuvre d’Imre Kertész, de l’étrangeté à l’autonomie »

 

Lundi 12 décembre après-midi 14 h 30

 

Jean-Pierre Morel, Professeur de  littérature comparée, Université Paris III

« Tchaadaïev, Grossman, Tarkovski.

Critique de la mission russe et autonomisation artistique dans l'URSS des années 1970 »

 

Crina Bud, Chaire de langue et littérature roumaines, Université du Nord de Baia Mare 

« La démocratie populaire et l’esthétisme irresponsable. L’histoire roumaine d’une faute littéraire »

 

Analía Gerbaudo, Professeur à l'Université Nationale du Litoral, Santa Fe/ CONICET (Argentine)

& Annick Louis, Maitre de conférences, Université de Reims/CRAL
« Le scandale de l'objet.

L'enseignement de la littérature à l'Université de Buenos Aires dans l'après dictature (1984-1986)»

 

Mardi 13 décembre matinée 10 h 00

 

Luc Boltanski, Directeur d’études, EHESS

« Les conditions d’apparition du roman policier et du roman de science-fiction.

Énigme et complot dans les métaphysiques politiques du XXe siècle »

 

Philippe Daros, Professeur  de littérature comparée, Université Paris III
« Quelques éléments de perplexité sur l'existence d'un espace littéraire démocratique aujourd'hui : Il tempo materiale de Giorgio Vasta »

 

Philippe Roussin, Directeur de recherche au CNRS, CRAL

« George Orwell, la littérature et le langage démocratique»

 

Mardi 13 décembre après-midi 14 h 30

 

Jean-Marie Schaeffer, Directeur de recherche au CNRS, CRAL

« James Joyce : de l’artiste comme héros à l’homme ordinaire »

 

Sebastian Veg, Directeur du CEFC (Hong Kong)

« De l'autonomie à l'impuissance : La Mauvaise Herbe (1927) de Lu Xun

et les incertitudes de l'espace démocratique »

 

Argumentaire

 

L’autonomie de la littérature a, jusqu’ici, été généralement appréhendée à partir de deux perspectives distinctes. En termes historiques et sociologiques, elle a été conçue comme le passage d’une dépendance de la littérature à l’égard de tels systèmes institutionnels de croyances et de communications à une indépendance à l’égard de ces systèmes, indépendance que l’on fait habituellement remonter au XVIIIe siècle et que l’on associe à l’autonomisation de la fonction artistique. L’autonomie désigne alors le fait que la littérature et l’œuvre se détachent sur un fond de discours et d’histoire, dans une indépendance croissante et finalement revendiquée à l’égard des données politiques, religieuses et sociales qui pourraient être tenues pour un pilotage de la littérature (de la communauté de ces discours politiques, religieux et sociaux). Considérée en termes esthétiques, l’autonomie a, depuis le romantisme allemand, été une manière de reconnaître la spécificité formelle de l’œuvre, de l’identifier à ses moyens, à ses procédés et à ses fins : elle est auto-organisation et se définit à partir de sa cohérence interne, de la relation de ses parties au tout et de sa dimension autotélique, c’est-à-dire de son absence de finalité externe (de son absence de relations à la communauté des discours ; elle devient même, radicalement, l’autre de ces discours).

L’idée d’autonomie renvoie, en outre, à la notion d’auto-législation : l’œuvre est à elle même sa propre loi. Appliquée à la littérature, la notion d’autonomie a généralement conduit à deux grands types de propositions: 1) alors même qu’ils étaient associés à l’idée d’une dimension autotélique, l’art et la littérature modernes ont été compris avant tout comme un projet d’autonomie ; l’art, en affirmant son mode de légitimité propre, semblait participer du projet humain d’autonomie des Lumières par rapport à un ordre transcendant ; 2) au nom de la thèse de la spécificité et de l’autonomie de la littérature, et en réaction contre son asservissement au déterminisme socio-historique par une certaine critique, la littérature a, par ailleurs eu tendance à être considérée comme un ensemble achevé ou une réalité auto-suffisante et close sur elle-même ; l’œuvre ayant une fonction essentiellement esthétique, il convenait de séparer son étude de son enracinement historique, politique et social.

Sans doute convient-il aujourd’hui de rompre avec les vulgates de l’autonomie de la littérature issues des théories des années 60 et 70. L’autonomie du littéraire ne renvoie plus aux grandes thèses sur l’intransitivité ou l’auto-réflexivité. Elle ne peut plus être comprise comme un retrait ou comme une  désertion du champ de la communauté des discours. L’autonomie de la littérature a une histoire qui est notamment celle de la réaction de la littérature aux nouveaux contextes historiques et politiques dans lesquels elle a découvert et construit sa spécificité. Dans cette journée d’études, on se propose de revenir sur la question en mettant en exergue le fait que l’autonomie de la littérature procède d’une dynamique qui a émergé et qui s’est en fait imposée dans le cadre de la modernité et des mouvements de démocratisation politique qui sont intervenus depuis le milieu du XVIIIe siècle.

On s’efforcera notamment de poser les questions suivantes :

  • 1-     L’autonomie définit le statut de la littérature dans le cadre de sociétés qui ont conquis un espace public suffisamment libéral pour accepter que la littérature soit pensée en tant que sphère différenciée et différente d’autres sphères d’activité sociale (le droit, l’économie, la politique), bénéficiant de ses caractéristiques, de ses spécificités et de ses institutions propres ;

  • 2-    Il est sans doute important de chercher à penser l’autonomie de la littérature comme la construction d’un lieu propre distinct dans la communauté des discours, comme la conquête d’un lieu d’énonciation spécifique qui ne soit pas soumis et qui ne corresponde pas à l’attente d’un lieu commun de la communauté des discours ( qui ne soit pas soumis à une inscription imposée dans la communauté des discours);

  • 3-    Comprise en termes communicationnels, l’autonomie de la littérature est ce qui autorise la littérature à participer de la constitution de l’espace public démocratique, tout en en interrogeant ses limites – questions que la démocratie appelle par principe dans la mesure où elle est caractérisée par sa capacité à questionner sa propre loi et sa propre règle et par la permanente définition de ses frontières; il importe, dans ces conditions, de se demander comment et sous quelles formes la littérature a pu problématiser la démocratie;

  • 4-    Loin de contribuer, comme on l’a dit, à son autarcie ou à sa  sacralisation, l’autonomisation de la littérature par rapport à un certain nombre de tutelles et d’autorités rencontre en fait la question de la dé-hiérarchisation des genres et de la fiction; la dé-hiérarchisation des genres soulève le problème de la reconceptualisation des notions de modèle et d’exemplarité dans un cadre démocratique ; la fiction devient démocratique à partir du moment où elle n’impose plus une économie réglée de la séquence mimétique ; qu’est-ce qu’une pratique de la fiction qui ne vise plus l’exemplarité ?

  • 5-    Le rapport distancié que la littérature entretient via son autonomie à la communauté des discours implique-t-il le primat de la figure de l’ironie dans la littérature moderne comme on l’a usuellement dit ? Ce rapport de la littérature à la communauté des discours peut-il être seulement décrit comme un rapport critique ou comme la contestation d’un système normatif ?

  • 6-     Autonomie, dé-hiérarchisation, fin du style collectif, singularité quelconque : l’individualisation et la singularité de la littérature qui résultent de l’effacement du dispositif  rhétorique et poétique classiques peuvent-elles être considérées comme un témoignage de l’indépendance et de l’autonomie de l’individu démocratique ? Inversement, ne comportent-elles pas également un risque d’insignifiance – le risque qu’une littérature tout à fait « désenchantée » ne se distingue plus de l’infinité des discours communs ?

  • 7-    L’identification contemporaine de la littérature à une singularité conduit à se demander comment la littérature porte elle-même une interrogation sur les rapports de l’individu et de la société, de la singularité et de la totalité, à s’interroger sur son rapport à la démocratie.

 

 

Journées organisées par Philippe Daros, CERC, Université Paris-III ; Philippe Roussin, Centre de recherche sur les arts et le langage (EHESS/CNRS); Sebastian Veg, Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC, Hong Kong).

EHESS
CNRS

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dernière modification
29 janvier 2017 17h39