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Narratologies contemporaines. Nouvelles formes et nouvelles fonctions sociales du récit. II : Année universitaire 2010/2011

Mardi 30 novembre 2010 : Antoine Lilti (ENS) : « Les récits des historiens : littérature, historicité, savoirs » & Cyril Lemieux (EHESS) : « La sociologie entre nécessité du récit et exigence de modélisation »

Antoine Lilti Résumé :

Depuis quelques années historiens ont redécouvert le récit. La cause semble entendue, au point qu’on a pu parler d’un tournant narratif dans les études historiques. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Le récit est-il d’abord une ressource dans l’écriture de l’histoire ou un objet d’étude pour l’historien ? Cet exposé part d’une présentation, très rapide, des débats qui ont, à partir des années 1970, remis la question de l’écriture de l’histoire, en général, et celle des usages du récit, en particulier, au cœur des débats épistémologiques des historiens, notamment à la suite des propositions de Paul Veyne, de Hayden White et de Paul Ricœur. Puis, A. Lilti montre, au-delà des débats théoriques, comment ces questions ont nourri des expérimentations formelles, notamment autour de la microstoria, de la nouvelle histoire américaine, et analyse le cas du livre récent de Patrick Boucheron, Léonard et Machiavel (2008), qui joue sciemment de la frontière entre récit historique et récit littéraire comme d’un instrument théorique. Enfin, il convient de s’interroger sur la façon dont l’étude proprement historique de récits littéraires peut, en retour, enrichir le savoir des historiens sur leurs propres pratiques d’écriture et leurs modèles narratifs, à travers notamment la question de la prise en charge de l’événement.

Abstract :

In recent years, historians have rediscovered narrative. The cause for this seems to be seems to be the narrative turn in historical studies. What exactly is involved? Is narrative above all a resource in the writing of history, or is it an object of study for the historian? This paper begins with a brief presentation of debates which, starting in the 1970s, called into question the writing of history in general and that of the uses of narrative in particular in the debates among historians on epistemology, notably following the proposals by Paul Veyne, Hayden White and Paul Ricœur. A. Lilti then shows how, over and above theoretical debates, these questions have provided material for formal experimentations, particularly with regard to “microstories,” the new American history, and he then analyzes the case of a recent book by Patrick Boucheron, Léonand et Machiavel (2008), which deliberately plays on the borderline between historical narrative and literary narrative as a theoretical instrument. Lastly, it is advisable to inquire into how, in turn, the properly historical study of literary narratives can enrich historians’ knowledge with regard to their own writing practices and narrative models, notably through the question of how events are conveyed.

Cyril Lemieux

Résumé :

La sociologie – quelle que soit la forme qu’elle prenne – ne peut pas s’empêcher de produire des récits, et ce en raison même de la nature socio-historique des objets qu’il lui faut traiter. Dresser ce constat nous invite à voir en elle un quasi genre littéraire, mais un genre doté d’exigences propres, irréductibles à celles, par exemple, du roman naturaliste. Dans un premier temps, on se propose de dégager ces exigences qui distinguent la littérature sociologique (et plus largement sans doute, anthropologique et historienne) des autres genres littéraires. On en dénombre cinq : 1) nécessité d’une mise en énigme du monde social (problématisation) ; 2) nécessité de recourir partiellement à un langage non naturel (usage de concepts analytiques) ; 3) nécessité d’assurer au lecteur la vérificabilité du propos que l’on tient (en lui ouvrant un accès minimal aux données empiriques qui servent de preuve et en lui exposant la façon dont elles furent collectées) ; 4) nécessité de revendiquer l’intertextualité de ce que l’on énonce (références explicites aux travaux d’autres chercheurs, et discussion de leur position) ; 5) nécessité de neutralité axiologique (effort pour proscrire autant que faire se peut, dans l’écriture, l’expression des jugements de valeur). Dans un second temps, on tire de la mise au jour de la dimension littéraire de la sociologie des considérations sur la façon dont son écriture se donne les moyens d’intégrer, au titre d’objets ou de preuves, les récits produits par les acteurs qu’elle étudie. On souligne en quoi, dans ce cadre, les récits fournis par les œuvres de fiction n’ont aucune raison de ne pas être traités à leur tour comme objets ou comme preuves par le sociologue.

Abstract :

Sociology – no matter what form it takes – cannot keep from producing stories due to the very socio-historic nature of the objects it deals with. Observing this leads us to see in sociology a quasi-literary genre, but a genre that comes with its own requirements, irreducible to those of the naturalist novel, for example. Firstly, it is proposed that these requirements be singled out which distinguish sociological literature (and more generally, anthropological literature and historical literature) from the other literary genres. There are five: 1) necessity of making the social world enigmatic (problematization); 2) necessity of resorting at least in part to non-natural language; 3) necessity of ensuring the reader that what is said is verifiable (by providing him with minimal access to empirical data that serve as proof and by explaining how the data was collected); 4) necessity of claiming the intertextual relations of what is stated (explicit references to the work of other researchers and discussion of their positions); 5) necessity of axiological neutrality (attempt to limit the expression of value judgments as much as possible). Secondly, by focusing on the literary dimension of sociology, conclusions are drawn as to how the sociologist’s writing integrates, in the form of objects or proof, narratives produced by the actors it studies. Within this scope, it is stressed how there is no reason not to treat narratives provided by works of fiction as objects or proof by the sociologist.

L’enregistrement de cette séance sera bientôt disponible

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dernière modification
17 novembre 2015 12h32